La difficulté de protéger l’environnement et de lutter contre le changement climatique est en partie liée à ce que les indicateurs économiques ne prennent pas en compte. Le produit intérieur brut mesure la production, mais pas la richesse au sens large ni le bien-être global. Il ne soustrait pas non plus de la richesse nationale les principales formes de dégradation du capital naturel et ne tient pas compte de nombreux bénéfices que la nature fournit gratuitement.

Selon l’économiste de l’environnement Katheline Schubert, il ne s’agit pas d’un défaut du PIB en lui-même, puisque cet indicateur a été conçu dans un autre but. Le problème apparaît lorsque le PIB est utilisé comme seul indicateur de la performance économique. Les valeurs que les marchés ne reflètent pas peuvent alors avoir peu d’influence sur les décisions publiques.

Les économistes ont élaboré des méthodes pour rendre certaines de ces valeurs plus visibles. Pour la politique climatique, une approche consiste à partir d’objectifs collectifs de réduction des émissions et à estimer le coût des transformations nécessaires pour les atteindre. C’est la base de la « valeur de l’action climatique », examinée dans un rapport publié en 2025 par une commission présidée par Alain Quinet.

Cette valeur a été estimée à 256 euros par tonne d’équivalent dioxyde de carbone en 2025. Elle représente la valeur que la société doit attribuer à l’évitement d’une tonne d’émissions afin d’atteindre les objectifs climatiques au coût le plus bas possible. Cette mesure peut être utilisée pour comparer les investissements dans les transports, les bâtiments et l’industrie en tenant compte à la fois de leurs coûts financiers et de leurs bénéfices en matière de décarbonation, contribuant ainsi à orienter l’action publique vers les solutions les plus efficaces.

La même question se pose dans la comptabilité nationale. Dans des travaux expérimentaux publiés en 2024, l’Insee a proposé d’ajuster le produit intérieur net — le PIB moins la dépréciation des équipements — afin de refléter la dégradation du capital climatique et l’épuisement du budget carbone. Ce dernier désigne la quantité maximale de dioxyde de carbone qui peut être émise tout en conservant l’objectif de limiter le réchauffement à un niveau convenu.

L’Insee a estimé cet ajustement à 4,1 % du produit intérieur net en 2023. Il combine une estimation des dommages liés au climat avec la valeur implicite de la contrainte imposée aux émissions futures. Ces calculs montrent comment les comptes nationaux pourraient mieux faire apparaître les conséquences à long terme de la production actuelle : les dommages environnementaux et l’épuisement du budget carbone réduisent les possibilités de production et de consommation des générations futures.

Sources: Le Monde Économie.