À partir de samedi, les travailleurs brésiliens qui bénéficient de titres-restaurant ou de titres-alimentation devraient pouvoir utiliser leur carte dans tout établissement participant qui accepte ces titres. Ce changement, introduit par le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva, vise à rendre le marché plus concurrentiel et à réduire le coût de l’alimentation. Les principales entreprises de titres ont critiqué sa mise en œuvre et demandé davantage de temps, mais le ministère du Travail et de l’Emploi affirme que l’échéance ne sera pas repoussée.

La réforme instaure l’interopérabilité et met fin aux accords exclusifs en vertu desquels un supermarché ou un restaurant pouvait n’accepter que la carte d’un prestataire donné, comme Alelo ou Pluxee. Le marché est estimé à 150 milliards de R$ par an. Il comprend des marques bien établies comme VR, Ticket, Alelo et Pluxee, ainsi que de nouvelles fintechs spécialisées dans les avantages sociaux, notamment Caju, Flash et Swile.

L’ouverture du marché pourrait faciliter la concurrence des nouveaux prestataires pour les contrats avec les employeurs et leur permettre de proposer des accords plus avantageux, tout en réduisant potentiellement les frais payés par les commerçants sur les transactions effectuées avec des titres. Des règles distinctes introduites en 2025 ont plafonné ces frais à 3,6 % par transaction. Avant le décret, les taux pouvaient atteindre 8 %. En novembre 2025, le ministère des Finances estimait que les nouvelles règles pourraient générer une économie moyenne de 225 R$ par travailleur et par an, soit 5 milliards de R$ au total.

L’Association brésilienne des entreprises d’avantages sociaux, qui représente les principaux prestataires, dont Alelo, Pluxee, Ticket et VR, affirme que le secteur n’a bénéficié ni d’un dialogue suffisant ni de directives techniques claires. Elle a averti que l’incertitude sur le fonctionnement de l’interopérabilité pourrait entraîner des risques pour les travailleurs et les employeurs. Le ministère du Travail a répondu que le système de paiement brésilien fonctionne déjà de manière ouverte, comme les cartes de crédit, et que la mise en œuvre de l’interopérabilité relève de la responsabilité des entreprises participant aux systèmes de paiement. Il a précisé que son rôle est réglementaire et de supervision, et qu’aucun report n’est prévu.

Selon les nouvelles exigences, les opérateurs qui desservent plus de 500 000 travailleurs doivent passer d’un système de paiement fermé à un système ouvert d’ici samedi. Les systèmes ouverts acceptent différentes marques de cartes, tandis que les systèmes fermés peuvent être limités à un seul prestataire ou aux cartes propres à un détaillant. L’Association brésilienne des établissements de paiement affirme que la migration requise n’a pas encore eu lieu et que l’interopérabilité sera difficile à mettre en œuvre tant que ce ne sera pas fait. L’Association brésilienne de l’Internet a également demandé que les règles autorisent les commerçants individuels à accepter les titres, faisant remarquer que la réglementation actuelle exige un numéro d’immatriculation d’entreprise pour les paiements effectués dans le cadre du Programme d’alimentation des travailleurs.

Les organisations du secteur représentant les restaurants ont des avis divergents sur l’état de préparation. La Fédération des hôtels, restaurants et bars de São Paulo s’oppose à tout report, estimant que les règles devraient permettre d’accepter un plus grand nombre de cartes, d’accélérer les paiements aux commerçants et de rendre les frais plus compétitifs. L’Association brésilienne des bars et restaurants soutient l’interopérabilité, mais affirme que les systèmes de paiement ne sont pas encore intégrés. Son président, Paulo Solmucci, déclare également que certains prestataires font passer leurs clients à des produits d’allocation alimentaire, dont les frais peuvent dépasser le plafond légal applicable aux titres-restaurant et aux titres-alimentation. L’association estime que les commerçants paient en moyenne 6 % de frais sur les transactions effectuées avec ces allocations, contre un plafond de 3,6 % pour les titres.

Selon les données du ministère du Travail, le Programme d’alimentation des travailleurs couvre actuellement 22 millions de travailleurs et 743 000 établissements participants. On estime que plus de 500 opérateurs de titres sont actifs dans le secteur. Les entreprises qui ne respectent pas les règles peuvent se voir infliger des amendes de 5 000 à 50 000 R$, assorties de pénalités plus lourdes en cas de récidive ou d’obstruction aux inspections, ainsi que d’une éventuelle radiation du programme et de la perte des avantages fiscaux.

L’avocat spécialisé en droit du travail Alessandro Vietri conseille aux travailleurs dont la carte est refusée dans un établissement qui devrait l’accepter de noter le nom de l’établissement et la date, et de conserver une photo du message affiché par le terminal de paiement. Il recommande de contacter le prestataire de la carte et le service des ressources humaines de leur employeur, puis de signaler les problèmes persistants par les voies officielles du ministère du Travail.

Sources: Folha Mercado.